A Chamborigaud, la population reste agricole : le travail à la mine n'empêche pas le travail et l'attache à la terre : ce sont des "paysans-mineurs", propriétaires, complétant leur salaire par leurs récoltes.
Le passé minier et les voies ferrées de Chamborigaud
par Solenn Clément
Au temps de l'artisanal...
L'extraction minière dans les vallées du Luech et de l'Oguègne
remonte au XIIIème
siècle, comme en témoigne un inventaire des mines de « charbon de terre « et de
fer réalisé en 1247 dans le diocèse d'Uzès auquel appartient alors Chamborigaud.
Au cours du Moyen-Age, on exploite de manière artisanale le charbon qui
affleure, ceci afin d'alimenter les fours à chaux et les forges avoisinantes.
Les propriétaires louent leurs terres à charbon à des "fermiers-mineurs".
L'exploitation du charbon ne concerne qu'un petit nombre d'hommes. L'activité
essentielle est le travail de la terre : chaque famille entretient son jardin.
son verger ou sa châtaigneraie nécessaires à sa subsistance. L'élevage de
quelques chèvres, poules ou porcs complète parfois l'alimentation.
Après 1750, la culture familiale du ver à soie se développe.
Le charbon exploité sert à alimenter les quelques filatures qui se créent le
long de la vallée du Luech. Il est vendu sur les marchés locaux ou transporté à
dos d'âne jusqu'à Alès, Nîmes et la vallée du Rhône pour alimenter les verreries
et distilleries.
Vers l'industrialisation.
En 1810, une nouvelle réglementation engendre la
multiplication des creusements de puits et galeries. Les gisements restent de
petite taille et les gestions chaotiques. Pour améliorer la tenue des
exploitations, le Corps des Mines est créé en 1812. Le charbon de la vallée de
l'Oguègne est exploité par 2 Compagnies Minières : sur la rive gauche du
ruisseau s'est établie la Cie des Mines de Portes et Sénéchas. Le charbon est
sorti et traité à La Vemarède. Sar la rive droite de l'Oguègne, la Cie de
Cessons sort le charbon à Cornas et le traite à La Jasse.
Après 1867 et l'ouverture de la Ligne des Cévennes, l'amélioration de l'évacuation du charbon permet le grand développement de son exploitation dans la vallée de l'Oguègne. De nombreux ouvriers venant du Massif Central, de Lozère et d'Ardèche sont embauchés aux mines. A Chamborigaud, la population reste agricole : le travail à la mine n'empêche pas le travail et l'attache à la terre : ce sont des "paysans-mineurs", propriétaires, complétant leur salaire par leurs récoltes.
Le village de La Jasse est édifié spécialement pour la mine :
la population y est ouvrière, locataire de la Cie. Les logements des mes
Haute et Basse sont construits dès 1862. En 1865, un barrage est édifié, pour
permettre l'alimentation en eau du village et surtout des ateliers de traitement
du charbon situés en contrebas.
En 1867, le "château de la Direction" et le parc autour, les bureaux administratifs et la "villa des ingénieurs" sont construits. On utilise des pierres en grès de Champclauson provenant de la carrière du Péreyrol.
La même année, le viaduc de La Jasse est terminé. Les
berlines de charbon venant de Cornas traversent l'Oguègne et aboutissent à "la
place" de La Jasse, où le charbon est lavé, trié et aggloméré. C'est le travail
"au jour", effectué par les femmes appelées "placières", et les hommes qui ne
sont pas en âge (moins de 14 ou 16 ans) ou en condition physique de descendre au
fond. Un lavoir-criblage de type Marsaut (système inventé par le directeur des
Mines de Bessèges) est installé en 1870. En 1876 est édifiée une centrale
électrique : elle fournit un courant continu de 1000 volts à l'ensemble des
ateliers et à certaines habitations. En 1890, une station de pompage est
construite sur le Luech, à Tagnac : l'eau captée complète l'alimentation du
barrage de La Jasse.
A la fin du XIXème siècle, la concurrence du charbon anglais
et la crise sidérurgique mettent en difficulté financière la Cie de Cessous :
des pressions sur les salaires et des licenciements engendrent une vague
d'agitation sociale de 1896 à 1902, période pendant laquelle les grèves sont
fréquentes.
Vers 1925, la cité de La Jasse, appelée "maison neuve", est construite, abritant 32 logements et 20 chambres. Après 1928, la Cie des Mines de Portes et Sénéchas, en grand déficit, est rachetée par celle de Cessous. En 1931, une usine d'agglomération et des bassins à brai sont construits à La Jasse, afin de suppléer à la destruction de ceux de La Vemarède. Après 1936, de nombreux Espagnols viennent s'embaucher à la mine, fuyant leur pays en guerre. A la fin de la 2ème Guerre Mondiale, des Italiens, Polonais, Algériens et quelques Allemands sont recrutés et logés à La Jasse, village très cosmopolite.
Après la Nationalisation...
En mai 1946 a lieu la Nationalisation des mines de charbon.
La SA des Mines de Cessous est intégrée au Groupe Centre des HBC. L'exploitation
est rationalisée, les tailles sont mécanisées et la production gardoise se
concentre dorénavant sur trois bassins miniers : Alès, La Grand' Combe et St
Florent sur Auzonnet. Les grèves d'octobre 1948 et de février 1952 traduisent les
inquiétudes et tensions éprouvées par le personnel minier. Mais la décision est
prise de ne plus traiter le charbon à La Jasse dès 1954. Celui-ci, toujours
extrait à Cornas jusqu'en 1960, est traité à La Levade. 60 personnes sont
reclassées au "fond" à Cornas ou au "jour" à la Grand' Combe. Après la fermeture
définitive de la galerie de Cornas, 420 mineurs sont reclassés aux puits des
Oules et Ricard de la Grand' Combe ou au Pontil. En 1961, les voies ferrées de Chamborigaud à La Vernarède et
de La Jasse à Comas sont fermées et les tunnels condamnés. En 1962, toutes les
installations du "jour" sont démantelées et le viaduc de La Jasse est dynamité
en 1975, au grand regret de la population minière.
La Ligne des Cévennes
L'histoire du charbon est indissociable de celle des chemins
de fer : c'est pour acheminer le charbon vers les centres industriels que des
voies ferrées sont construites et c'est parce que des voies ferrées son.
construites que l'exploitation du charbon prend son essor. Ce lien est d'autant
plus marqué dans les Cévennes que le relief est accidenté, qu'il n'y a pas de
voies d'eau possible et que le transport par route est irrégulier et aléatoire.
En 1840. une première liaison ferroviaire est ouverte
d'Alès à Beaucaire car se développe le bassin minier d'Alès :
le charbon est transporté vers la vallée du Rhône, où il est conduit
jusqu'à Toulouse via le Canal du Midi ou Marseille via le Rhône. En 1841, cette
liaison se prolonge de 16 km d'Alès à La Levade : elle
permet l'évacuation du charbon des Mines de La Grand'
Combe. En 1855, une voie terrée- de Clermont-Ferrand à
Issoire est ouverte. C'est à partir de là que naît l'idée
de joindre l'Auvergne aux Cévennes, et au delà, Paris à
la Méditerranée.
Cette voie unique est construite de 1862 à 1867, date à
laquelle les gares de Chamborigaud et Villefort sont ouvertes. D'Alès à
Chamborigaud, il y a 9 tunnels et 4 viaducs. Le tunnel de La Bégude, est
construit en 1865, il est long de 1723 m. Les remblais issus de son creusement
sont sortis par 2 puits verticaux et laissés sur place.
Le viaduc du Luech est long de 384 m et repose sur 17 arches de 8 m. d'ouverture et 12 arches de 14 m . Ce plus long viaduc de la ligne est construit de 1865 à 1867 et a nécessité l'embauche de 200 ouvriers.
A la gare de Chamborigaud, outre le service voyageurs, on embarque le charbon des Cies de Portes, Sénéchas et Cessous et on débarque le bois, provenant des forêts du Mont Lozère et des vallées proches, nécessaire au soutènement des galeries de mines et aux ateliers de traitement.
L'embranchement particulier de Chamborigaud à La Vernarède.
En janvier 1867, en même temps que s'ouvre la Ligne des
Cévennes (ou PLM), l'embranchement particulier est mis en service. Il prend son
origine à 600 m de la gare de Chamborigaud, au viaduc de Frescenet, composé de 4
arches de 15 m.
Long de 3345 m, il passe par La Jasse et aboutit à La Vemarède
(Magasins des Mines de Portes et Sénéchas). Une voie appartenant à la
Cie des
Mines de Portes et Sénéchas le prolonge jusqu'au puits Sud, sur 1180m.
Son tracé nécessite la construction de 3 tunnels : le tunnel de Frescenet, long de 83 m, immédiatement suivi d'un pont aujourd'hui démoli; le tunnel de Tagnac, long de 180 m; le tunnel de La Jasse, long de 296 m et débouchant sur la "place" de La Jasse. La voie passe sur de nombreux ponceaux permettant le passage de l'eau de ruissellement et d'importants murs de soutènement consolident son assise.
L'édification de l'embranchement est décidée par la Cie des Mines de Portes et Sénéchas dès 1864. Cette liaison permet le transport du charbon de La Vernarède aux gares de Chamborigaud, La Levade, Alès et Nîmes via le PLM. Ce système est jugé plus rentable que celui des plans inclinés passant par le col du Pereyrol, abandonné dès la mise en service de l'embranchement particulier, en 1867.
Très rapidement, la Cie de Cessous profite de cette liaison pour évacuer son charbon à partir de La Jasse, où une gare marchande est créée. En 1875, les 2 Cies signent une convention d'utilisation afin de partager les frais d'entretien et de desserte. Utilisée exclusivement pour le transport de la houille, cette voie ferrée permet, après 1940, le transport d'une voiture de voyageurs par convoi.Les habitants de La Jasse peuvent ainsi se rendre à La Grand' Combe et Alès par le train. En 1954, suite à la fermeture des mines de La Vernarède et des ateliers de traitement de La Jasse, l'embranchement est en partie fermé à tout trafic et les rails déposés.
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